jeudi 28 janvier 2010

Pour une sanctuarisation de la protection de l'adresse personnelle.


Voici la proposition que j'ai adressée le 18 décembre dernier à la Commission Européenne dans le cadre de la consultation publique sur le cadre légal de la protection des données des citoyens.

Vous pouvez retrouver ce texte sur : http://ec.europa.eu/justice_home/news/consulting_public/news_consulting_0003_en.htm

Proposition sur la sanctuarisation de la protection de l'adresse personnelle


Situation :
Les adresses personnelles (adresses physiques : domicile principal, résidence secondaire…) des citoyens sont considérées dans la plupart des pays européens comme des données personnelles.
A ce titre, ces adresses sont protégées par divers instruments juridiques concernant le droit à la vie privée, dont notamment, en France, la loi Informatique, fichiers et libertés de 1978, au niveau communautaire, par la directive 95/46/CE, ainsi que par la Convention n°108 pour la protection des données personnelles du Conseil de l'Europe.
Or, dans les faits les adresses physiques des citoyens ne sont pas suffisamment respectées :

• elles sont très souvent recueillies dans des questionnaires papier ou électronique (sur Internet…) sans qu'il soit clairement indiqué :1 si le citoyen a la possibilité de refuser ou pas de communiquer son adresse physique ;
2 si en cas de communication de son adresse, le citoyen a le droit de s'opposer à ce que cette information soit partagée avec des organismes tiers. Par exemple, en France, lorsque l'on souscrit un abonnement à un téléphone fixe, à un téléphone mobile ou à Internet, l'adresse physique est systématiquement recueillie par l'opérateur de téléphonie ou le FAI (Fournisseur d'Accès à Internet), puis communiquée à des annuaires et autres services de renseignements. Pour s'y opposer, le client de l'opérateur de téléphonie ou du FAI doit entamer une démarche spécifique.

• les administrations ne protègent pas suffisamment ces données : en France, la Mairie de Paris publie sur son site les adresses de tous les Parisiens qui ont sollicité des autorisations de travaux ; l'Insee (National Institute for Statistics and Economic Studies) communique à des tiers les adresses de tous les particuliers qui se sont installés comme profession libérale et qui travaillent à leur domicile (base de données Sirène diffusion). Pour s'opposer à cette diffusion, il faut également entamer une procédure très particulière.

• ces adresses font l'objet d'un commerce fructueux. Les opérateurs de téléphonie, les FAI, les services d'annuaires, les spécialistes de la VPC (Vente par Correspondance), se vendent, s'échangent leurs fichiers d'adresses de particuliers afin d'enrichir ces bases de données. Est-il normal que tant d'argent se fasse sur une donnée personnelle - l'adresse physique d'un citoyen - qui, par définition, appartient à ce dernier et dont il devrait donc maîtriser la totalité des usages ?

Conséquences :
Or, la protection de l'adresse physique d'un citoyen est indispensable pour :

• ne pas recevoir de courrier postal non sollicité ;

• ne pas être l'objet d'un ciblage de la part des partis politiques (des voix pressantes s'élèvent un peu partout en France, mais aussi en Europe, pour que les partis politiques puissent utilisent la technique du micro-targeting, très répandue aux Etats-Unis : il s’agit de croiser le maximum de bases de données existantes, comme les bases électorales, commerciales, politiques…, afin d’obtenir le maximum de données individuelles sur tous les électeurs. Ces données sont utilisées pour élaborer des messages personnalisés, notamment lors d'opérations de porte-à-porte - ce qui implique d'avoir l'adresse physique des électeurs).

• ne pas être victimes de vols : il est non seulement de plus en plus facile d'obtenir l'adresse de quelqu'un, mais aussi d'accéder à des photos de sa maison ou de son appartement (sur Flickr, Picasa…) et de savoir, grâce aux réseaux sociaux (Linkedin, Facebook, Twitter…), s'il est chez lui, au travail, en voyage…

• ne pas être agressé : de plus en plus de jeunes Européens s’abonnent à des réseaux sociaux proposant un service de gélocalisation instantanée, pour se faire des amis, faire des rencontres, etc. Une étude des profils sur ces sites permet rapidement de connaître l’adresse physique des utilisateurs. Une jeune femme qui ne souhaite pas répondre aux avances d’une autre personne rencontrée sur un de ces sites peut être attendue devant chez elle…


Recommandations :

• Recueil de l'adresse physique :La communication de son adresse physique devrait être seulement obligatoire pour les administrations, les services de santé, les banques, les assurances et les autres services (Police, Justice, Poste, FAI, journaux, électricité, eau, VPC…) qui ont besoin de façon évidente d'avoir accès à l'adresse physique d'un citoyen pour vérifier son identité ou pour lui fournir le service auquel il a souscrit.

Dans tous les autres cas, les formulaires de recueil des informations devraient obligatoirement préciser de façon très claire que la communication de l'adresse physique est optionnelle.

• Partage de l'accueil physique :
Dans tous les cas (communication obligatoire ou communication optionnelle de l'adresse) l'option par défaut sera la suivante : l'adresse ne sera pas partagée avec des tiers (sauf contraintes légales : enquête de police, etc.). Pour pouvoir partager ces informations, les organismes collecteurs devront recueillir l'accord explicite du citoyen concerné (sous la forme d'une case à cocher sur les formulaires-papier et électronique, voire d'une signature sur les documents-papier…). Autrement, dit le citoyen n'aura à faire aucune démarche pour que son adresse demeure confidentielle et ne soit pas partagée avec des tiers. La protection et la confidentialité de son adresse physique lui seront automatiquement assurées.
A noter que dans les annuaires téléphoniques, une simple indication du village, de la ville (ou, dans les grandes agglomérations, de l'arrondissement), en plus du numéro de téléphone de l'intéressé, suffit pour distinguer les homonymes. L'adresse complète n'est pas nécessaire.

• Services de géolocalisation (appareils photos, téléphones mobiles, réseaux sociaux utilisant un service de géolocalisation instantanée – Yuback, Aka-Aki…) :Une option devrait permettre de supprimer la géolocalisation de toutes les activités (prise de photos…) que l'on mène à son domicile. Cela éviterait de voir son adresse physique divulguée sur ces sites.

• Réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Linkedin, mais aussi Yuback, Aka-Aki…) : ces sites Internet doivent s'engager à ne jamais divulguer l'adresse physique de leurs abonnés à d'autres membres des réseaux ou à des annonceurs.

jeudi 31 décembre 2009

Invité de C' dans l'air

Hier, j'étais sur le plateau de "C' dans l'air" diffusée sur France 5.

Le thème de l'émission était la vidéo surveillance : «La France devrait tripler, d’ici à 2011, le nombre de caméras de vidéo surveillance dans les communes. Fixé par le gouvernement pour lutter contre la délinquance, cet objectif soulève l’inquiétude des défenseurs des Droits de l’homme et l’opposition de certains élus locaux […] Mais si, sur le terrain, 2 000 communes françaises ont d’ores et déjà sauté le pas, comme Bondy, ville de Seine-Saint-Denis dirigée par le socialiste Gilbert Roger - où une dizaine de caméras, reliées au poste de police municipale, filment les environs de la gare -, nombre d’élus doutent de l’efficacité du "modèle anglais".»

Vous pouvez revoir sur http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_rubrique=1336 le débat que j'ai eu sur la vidéo surveillance avec Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat de police Alliance, Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, Frédéric Ploquin, grand reporter à l’hebdomadaire Marianne et Charles Pellegrini, ancien commissaire divisionnaire et ex-chef de l’Office central pour la répression du banditisme.

J'ai insisté sur le peu de confiance qu'il fallait accorder aux chiffres officiels de la délinquance en France, sur le manque de fiabilité de la vidéo surveillance (personne pour regarder les images, données non sauvegardées ou inexploitables, caméras en panne ou vandalisées…), sur le retour d'expérience, très négatif, de nos voisins britanniques en la matière, avant de regretter le manque de débat démocratique en France sur l'impact des techniques de surveillance et de fichage sur nos vies privées.

mardi 22 décembre 2009

Facebook sait tout de vous ! (suite)















(source du graphique : Facebook)

J'ai demandé aux responsables de Facebook comment notre nom pouvait être utilisé pour vanter les mérites d'une application sur ce réseau social.

La réponse du représentant de Facebook en Europe fait froid dans le dos… Voir l'article que j'ai publié ce matin dans Les Echos :




lundi 14 décembre 2009

Under Scrutiny

J'ai retrouvé cet interview vieille de deux ans, mais toujours d'actualité, sur les PNR (Passenger Names Records) : au nom de la lutte contre le terrorisme, les compagnies aériennes doivent communiquer ces fichiers sur leurs passagers aux autorités américaines, qui peuvent également s'en servir à des fins d'espionnage économique !




"Tous fiches : l'incroyable projet américain pour déjouer les attentats terroristes" can be translated by "Files on all of us: the amazing US project to deter terrorism".
This survey -written by Jacques Henno, a French freelance journalist- describes a US Intelligence program aimed at discovering terrorist plots: the Total Information Awareness (TIA) program. In 2003, US Congress banned use of TIA against US citizens but allowed it against aliens/foreigners outside US.

TIA is designed as an early-warning system that mine intelligence databases, but also airline databases (the data of all passengers arriving to USA or flying over USA are screened), private databases of credit card records and other transactions, for telltale signals of terrorist plots.

In this book, Jacques Henno also describes how Acxiom, a US marketing databases company, is a US Pentagon contractor ; and how all marketing information gathered by Acxiom outside the US can be used by the US Intelligence Community (many countries are targeted as Acxiom has subsidiaries in UK, France, Germany, Spain, Netherlands, Portugal, Poland, Australia and New Zealand).

This is NOT science-fiction: the National Security Agency's domestic eavesdropping, authorized by George W Bush proves that this agency is collecting and data-mining information intercepted from thousands of people. US newspapers are now writing articles about TIA and related research programs (Novell Intelligence from Massive Data, Advanced Capabilities for Intelligence Analysis program...). For example, see:http://govexec.com/dailyfed/0106/0120...

On Saturday November 3rd, 2007, Jacques Henno had been interviewed on France24 about the use of data collected by US agencies: "Under scrutiny. Since 9/11, European airlines and banks share information on their customers with US. Some say that the US is using this data in an economic war against Europe."

lundi 23 novembre 2009

Facebook sait tout de vous !


Dans cet extrait d'une conférence que j'ai donnée la semaine dernière à l'invitation de l'UTL (Université du Temps Libre) de Pont l'Abbé, sur le thème des Dangers que les Nouvelles Technologies font courir à notre Vie Privée, j'explique comment Facebook peut révéler certaines informations très indiscrètes sur nous, si nous ne faisons pas attention…

vendredi 13 novembre 2009

Comment effacer nos traces sur Internet ?

Volontairement ou pas, nous laissons sur Internet des informations révélatrices de notre vie privée. Afin d'éviter les abus, certains responsables politiques et scientifiques militent pour un droit à l'oubli numérique.


Avec 300 millions d'utilisateurs à travers le monde qui s'échangent chaque jour 285 millions de messages, de photos ou de vidéos, Facebook constitue un mini-Internet à lui tout seul. Or, depuis quelques mois, les problèmes de respect de la vie privée s'y multiplient. Aux Etats-Unis, deux étudiants du MIT (Massachusetts Institute of Technology), près de Boston, auraient réussi à prédire les orientations sexuelles d'un millier de jeunes hommes, rien qu'en consultant leurs réseaux d'ami(e)s sur Facebook. Plus au sud, à Dallas, un professeur de l'université du Texas a analysé les profils Facebook de 167.000 personnes pour déterminer leurs opinions politiques…


Jacques Henno


Pour lire la suite de cet article paru hier dans le quotidien Les Echos, cliquez ici


A lire également, sur le même sujet :

Quand Microsoft veut aider à cacher les identités sur le Web

La technologie U-Prove, rachetée par l'éditeur, permet de ne pas laisser de traces lors d'une transaction électronique.


Dans quelques semaines, ce message s'autodétruira !

Des chercheurs américains veulent mettre au point des systèmes de courriers électroniques dont on pourra programmer la disparition.


L'Inria souhaite redonner aux internautes le contrôle de leurs données

Une nouvelle architecture du Web permettrait de garder sur son ordinateur toutes les informations que l'on publie sur le réseau.


mardi 3 novembre 2009

Le Grand Livre des Idées Reçues 2010 est paru, avec deux contributions de ma part

"Internet c'est Big Brother : une menace pour notre vie privée" et "Sur Internet, tout est gratuit" : tels sont les titres des deux chapitres que j'ai rédigés pour Le Grand Livre des Idées Reçues 2010, sorti en librairie fin octobre.

Tiré à 15 000 exemplaires, cet ouvrage fait, cette année, l'objet d'un partenariat avec France Info.

Chaque année, le Grand Livre des Idées Reçues soumet près de 250 nouveaux sujets à quelque 200 experts. Leurs réponses, réunies dans cet ouvrage, invitent le lecteur à découvrir la part de vrai et la part de faux que comportent ces idées reçues, présentes dans toutes les têtes, car issues de la tradition ou de l'air du temps et touchant tous les domaines de la vie.

Pour en savoir plus : http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=249

Bonne lecture !