jeudi 31 mai 2007

Pour rendre anonymes les informations qu'il conserve, Google a choisi une technique vieille de dix ans.

Le 14 mars dernier, Google a annoncé qu'il allait procéder à l'« anonymisation » des données qu'il a accumulées sur les internautes depuis sa création. A chaque fois que nous leur confions une requête, les serveurs de Google enregistrent en effet les termes de notre recherche, l'adresse IP de notre ordinateur et éventuellement un cookie. Jusqu'alors, ces informations étaient conservées indéfiniment. Sous la pression des associations de défenses des libertés, le géant de Mountain View a décidé de rendre anonyme le contenu de ses serveurs au bout de 18 à 24 mois. « C'est la première fois qu'une société Internet va supprimer des données pour protéger la vie privée de ses utilisateurs », se glorifie Peter Fleischer, un ancien de Microsoft, entré chez Google il y a un an et demi pour devenir « privacy counsel » (chargé des problèmes de confidentialité des données). A l'en croire, l'« anonymisation » est une tâche, certes longue (chez Google, elle va porter sur des milliards de chiffres), mais assez simple : « Nous allons supprimer le dernier «octet» de l'adresse IP des internautes. Ainsi, vous n'aurez plus qu'une chance sur 256 d'être reconnu. » En effet, une adresse IP est généralement constituée de quatre nombres (les « octets »), séparés par des points ; et chacun de ces octets varie de 0 à 255.

« Cela prouve la bonne volonté de Google, mais, techniquement, cela ne sert pas à grand-chose, tempère Luc Bouganim, directeur de recherche à l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) et spécialiste de la protection des données. A tout moment, on aura au moins 18 mois de données identifiées et plusieurs années de données anonymes : on pourra alors assez facilement étudier des similarités entre les données identifiées et anonymes et réaffecter les trois derniers digits de l'adresse IP. » En fait, Google va appliquer ce que les experts appellent la « K-anonymité », une technique qui remonte déjà à 1998. Elle consiste à dégrader les données de façon à cacher un individu parmi d'autres personnes (dans le cas de Google, K = 256). Problème, il suffit souvent de croiser la base de données «anonymisée » avec d'autres fichiers qui ne le sont pas pour retrouver l'identité exacte de la personne recherchée. Pire : si ces K personnes présentent toutes les mêmes caractéristiques (par exemple, si elles souffrent d'une maladie identique), l'« anonymisation » ne sert à rien puisque l'on obtient tout de même des données personnelles sur chacun des individus « cachés ».

Aussi, depuis 2006, on ajoute souvent à la « K-anonymité » la « L-diversité » : on mélange les données dans chaque groupe de K personnes de façon à ce qu'il y ait au moins L valeurs distinctes de leurs caractéristiques (par exemple, 10 salaires différents s'il s'agit d'un fichier des rémunérations). « C'est ce que l'on fait actuellement de mieux en «anonymisation» », estime Luc Bouganim. Dans le cas de Google, il faudrait s'assurer que les requêtes d'un groupe de 256 personnes recouvrent un très grand nombre de centres d'intérêt (musique classique, médecines douces...) et ne portent pas uniquement sur la pornographie ou l'alcool, par exemple. Une autre technique d'« anonymisation » très aboutie est la fonction de « hachage » : les données textuelles (noms, adresses...) qui permettent d'identifier un individu sont cryptées et remplacées par un chiffre. « C'est comme si je prenais un cochon, que je le passais à la moulinette et que je vous confiais les saucisses, explique Jeff Jonas, chief scientist chez IBM, qui est à l'origine d'une méthode de hachage. Même si je vous donne la moulinette, vous ne pouvez pas refaire le cochon. » Cette technique sert surtout à protéger l'intégrité des bases de données : si un pirate informatique s'empare d'un fichier « haché » au moment de son transfert, soit via Internet, soit sur un support physique, à l'extérieur d'une entreprise ou d'une administration (pour enrichissement ou vérification), il ne peut rien en faire. Un argument qui séduit énormément les Américains, souvent victimes de vols d'identité. Mais le hachage ne protége pas vraiment l'identité des personnes fichées : dans les faits, l'entreprise ou l'administration propriétaire du fichier haché en conserve une version originale et, surtout, un index qui lui permet de savoir qu'à tel chiffre correspond tel individu.

Article de Jacques Henno paru dans Les Echos (rubrique "Innovation") le 18-04-2007 sous le titre "L'anonymat des internautes difficile à garantir"

mercredi 16 mai 2007

Votre banque peut transmettre votre fichier aux autorités américaines

Nouvelle révélation dans la transmission de données des banques européennes aux agences de Washington. Aux Pays-bas, le président du Collège pour la protection des données personnelles, l’équivalent batave de la Cnil, a révélé que les banques néerlandaises transmettaient des informations sur leurs clients européens aux services américains de lutte contre le terrorisme. Et cela en violation des lois européennes sur la protection des données.

Les autorités de Washington estiment en effet que le Patriot Act* s’applique également aux filiales des entreprises et organismes financiers étrangers implantées sur le territoire américain. Les établissements européens, menacés de poursuites par Washington, se seraient exécutés sans faire de vague : les responsables de la Rabobank, une banque d’Amsterdam, ont reconnu que leur bureau de New-York avait été forcé d’enfreindre la législation européenne et hollandaise. (voir http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=980574 )

  • le Patriot Act est une loi d’exception votée après les attentats du 11 septembre 2001 et qui permet aux agences fédérales de réquisitionner n’importe quel fichier dont elles estiment avoir besoin dans le cadre de la lutte contre le terrorisme

vendredi 16 mars 2007

Google et les données des internautes

Google vient de modifier sa politique en matière de protection des données des internautes. Alors que jusqu'ici les logs de connexion étaient conservées de façon quasi-illimitée ("aussi longtemps que nécessaire", disait Google), elles ne le seront plus que pendant 18 à 24 mois (voir le blog officiel de Google : http://googleblog.blogspot.com/2007/03/taking-steps-to-further-improve-our.html). A mon sens, cela appelle 3 commentaires :

. ce faisant, Google se met en conformité avec les législations locales existantes ou à venir ; les défenseurs des libertés individuelles, qui sétaient alarmés des pratiques de la firme dans ce domaine, ne peuvent donc plus rien lui reprocher ;

. cela va libérer pas mal de place dans les serveurs de Google, puisque ce sont des milliards d'informations, stockées depuis la création de l'entreprise, il y a neuf ans, qui vont être supprimées ; des dizaines d'ingénieurs vont s'atteler à cette tâche ;

. je suis surpris qu'il faille autant d'ingénieurs pour effacer toutes ces données. Cela signifie que l'archivage des données chez Google était très complexe. La firme va sans doute profiter de cette occasion pour revoir son système - d'où l'importance du travail et du nombre d'ingénieurs affectés.

vendredi 9 février 2007

La reconnaissance de l’iris prise en défaut

La reconnaissance de l’iris est une des trois techniques biométriques (avec l’identification du visage et l’analyse des empreintes digitales) que le Home Office (le ministère de l’Intérieure britannique) teste, dans le cadre de la création d’une carte d’identité nationale. Une première évaluation grandeur nature de cette technique a été menée outre-Manche. L’industriel français Sagem a signé en avril 2004 un contrat de cinq ans et d’un montant de 2,86 millions de £ portant sur la fourniture d’un système de contrôle aux frontières utilisant la reconnaissance de l’iris (projet Iris : Iris Recognition Immigration System). Deux « pilotes » de ce système fonctionne depuis juin 2005 aux terminaux 2 et 4 de l’aéroport d’Heathrow. Or, un député britannique, Ben Wallace (Travailliste), vient de révéler que, d’après une évaluation officielle datant de fin 2005, ces 2 pilotes ne remplissent pas leur cahier des charges (voir http://www.theregister.co.uk/2007/01/11/project_iris_evaluation_report/ ). Les résultats de cette expérience avaient été discrètement archivés dans la bibliothèque de la Chambre des Communes en décembre 2006. Selon Ben Wallace, qui a pu consulter ces documents, la reconnaissance de l’iris « a failli à la moitié de ses tests ». Le système aurait de graves problèmes de disponibilité et de fiabilité. (Contacté par mail, Sagem n’a pas souhaité commenter les présentes informations).

jeudi 7 décembre 2006

Les voyageurs pour les Etats-Unis se voient attribuer une note de dangerosité

Un nouveau scandale vient d’éclater aux Etats-Unis, après que plusieurs articles de presse (voir par exemple : http://www.nytimes.com/2006/12/01/washington/01travel.html) aient révélé que tous les voyageurs à destination des Etats-Unis se voient attribuer, dans le plus grand secret, une note (un « score » disent les spécialistes) en fonction de leur probabilité d’être des terroristes. Pour calculer ce score, toutes les habitudes du voyageur (moyen de paiement, préférences alimentaires, places dans l'avion, etc) sont prises en compte. Ces informations sont conservées pendant 40 ans dans les ordinateurs de l’administration américaine. Or, dès novembre 2005, j’ai révélé ce programme dans mon livre « Tous fichés ». Voici ce qu’en j’en disais : « La responsabilité d’identifier des « sujets à haut risque », c'est-à-dire des terroristes ou des criminels, incombe au NTC (National Targeting Center), un des départements du ministère de la Sécurité intérieure. La centaine de targeters – cibleurs – employée par le NTC travaille dans un bâtiment situé au Nord de la Virginie, près de Washington. L’adresse exacte en est tenue secrète. Leur outil privilégié est l’ATS. « L’Automated Targeting System est un outil automatisé qui permet à la Police des frontières de traiter les informations reçues à l’avance et de focaliser ses contrôles sur des transactions ou des voyageurs potentiellement à haut risque, détaille Charles Bartoldus, directeur du NTC. Il intègre des bases de données gouvernementales, commerciales et policières.» Bref, l’ATS est un outil de data mining qui permet de rapprocher et de fouiller les fichiers des services de renseignements et des compagnies aériennes. Dans les 72 heures qui précédant le vol vers les Etats-Unis, les données des passagers français sont transmises aux targeters du NTC et confrontées à la liste des personnes soupçonnées de terrorisme, la TSDB compilée par le TSC. Lorsque de tels suspects sont repérés, le ministère de la Sécurité intérieure peut demander des compléments d’informations, comme, par exemple, toutes les transactions réalisées avec la carte bancaire qui a servi à régler le billet d’avion et dont le numéro figure dans le dossier des passagers ; ou tous les e-mails reçus ou expédiés à partir de l’adresse électronique fournie par le voyageur et enregistrée dans sa fiche informatique.» Les journaux américains confirment également ce que je soupçonnais dans mon livre : alors que les Etats-Unis s’étaient engagés à ne pas utiliser une partie des informations que leurs transmettent les compagnies aériennes, comme par exemple les préférences alimentaires des passagers (qui peuvent révéler la religion), il semble bien que ces données soient « moulinées » par l’ATS, ce qui est attentatoire à la vie privée.

jeudi 23 novembre 2006

Il est plus efficace de fouiller tous les passagers que de les ficher

Une mathématicienne américaine, Susan Martonosi, et un scientifique du MIT (Massachusetts Institute of Technology) ont construit un modèle mathématique qui, d’après eux, prouverait l’inefficacité du fichage systématique des passagers des compagnies aériennes. Selon cette étude (voir http://blog.wired.com/27bstroke6/), une fouille poussée de tous les passagers aurait plus de chance de repérer un terroriste que d’essayer d’identifier, grâce à l’exploitation d’une base de données sécuritaire, les personnes potentiellement dangereuses. Or, comme je l’explique dans mon enquête « Tous fichés, l’incroyable projet américain pour déjouer les attentats terroristes », depuis le 11 septembre, l’administration américaine mise essentiellement sur le profiling pour détecter la préparation de nouveaux attentats. Le profiling est l’accumulation du maximum d’informations sur une personne pour essayer de savoir si celle-ci représente un danger. C’est pour cela que les Etats-Unis ont besoin des données des passagers (les fameux PNR) des compagnies aériennes européennes. Cette étude apporterait la preuve scientifique que le profiling – en plus d’être dangereux pour les libertés individuelles – est moins performant que l’examen des bagages et la palpation.

mercredi 25 octobre 2006

Le data-mining contesté aux Etats-Unis

Le data-mining (la "fouille de données") est un des outils statistiques utilisés par les agences de renseignements américaines pour identifier des terroristes - ou supposés tels - parmis tous les fichiers auxquels celles-ci ont accès : listes des passagers des compagnies aériennes, transferts de fonds, écoutes électroniques,etc. Un article du quotidien français Les Echos révèle que cet outil est très critiqué aux Etats-Unis mêmes : http://www.lesechos.fr/info/metiers/4480142.htm