- #Venus
- #Bookselling
- #Book
- #Million
- #JC Lattès
- #Whiskas
- #Mario Vargas Llosa
- #Francophone
- #Paul Robert (lexicographer)
- #Cat
- #Leo Perutz
- #French livre
- #March
lundi 26 mai 2014
Notre double numérique, véritable enjeu du « droit à l'oubli »
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a rendu le 13 mai dernier une décision sur le « droit à l'oubli » : les moteurs de recherche comme Google devront répondre favorablement aux internautes qui souhaiteraient faire effacer des informations sur eux apparaissant sur des sites Web. Malheureusement, cette décision ne constitue qu'une maigre victoire dans la défense de la vie privée. Au-delà des serveurs Internet qui révèlent des informations sur nous, il y a en effet bien plus important à prendre en compte : notre double numérique.
Quelque part dans le monde, à chaque instant, se créent des «doubles numériques» de nous-mêmes, à partir d’informations collectées sur Internet et/ou puisées dans des fichiers existants, contenant des informations parcellaires ou complètes, vraies ou fausses, actualisées ou anciennes, et pouvant être utilisés à des fins commerciales, policières, politiques ou d’espionnage économique.
Jacques Perriault a proposé dès 2003 «la notion de “double numérique” pour caractériser l’ensemble des données que les systèmes d’information recueillent stockent et traitent pour chaque individu [1]». Nous avons utilisé l'expression « double numérique » pour la première fois début 2006, pour parler des fichiers et des fichiers résultant des croisements de fichiers constitués à partir d’informations volontairement communiquées par les internautes-consommateurs-citoyens, mais aussi à partir d’informations collectées à l’insu de ces acteurs. Pour nous, un double numérique n’est donc pas constitué des traces que nous laissons, mais de l’interprétation (la transformation de l’information en savoir ou supposé tel) de ces traces.
Par exemple, lorsque l’utilisateur d’un “capteur de données” (comme le réseau social Facebook) crée son compte chez ce “capteur”, puis s’y connecte, il fournit à ce “capteur” : prénom, nom, date et lieu de naissance, centres d’intérêt, liste d’amis, date et heure de connexion, actualisation de son statut, photos publiées, clics sur des publicités, pages Web visitées contenant une “émanation” du capteur (bouton «J’aime» de Facebook), etc.
Le double numérique de cet utilisateur, compilé par le “capteur de données” (comme Facebook) pour un “marchand de données” (dans notre exemple les propres services commerciaux de Facebook), est souvent constitué d’une liste de centres d’intérêts déduits des données collectées. Cette liste de centre d'intérêts va permettre de classer cet individu dans tel ou tel profil publicitaire (cf. le concept de «database of intentions» de John Battelle [2]) :
Voici, par exemple, le double numérique, compilé par Facebook, d’une lycéenne de 17 ans [3], autrement dit les centres d'intérêts de cette jeune fille, en tout cas ce qu'en perçoit le réseau social :
Sujets publicitaires
La fin de la vie privée ? Enjeux sociétaux, économiques et légaux des doubles numériques.
Les doubles numériques :
• peuvent révéler des pans entiers de la vie privée des internautes-consommateurs-citoyens, y compris des données sensibles (sexualité, préférences politiques…). Sur l’interface que le “capteur/marchand de données” Facebook met à la disposition de ses annonceurs, il est possiblede cibler des internautes en fonction d’intérêts supposés pour des drogues illégales ou des pratiques sexuelles [4].
• échappent partiellement ou totalement à la simple connaissance et encore plus au contrôle des individus ainsi “profilés”. Même si les utilisateurs des plateformes de socialisation décident de cacher telle ou telle information à leurs contacts, l’ensemble des informations qu’ils publient reste accessible aux programmes de profilage de ces plateformes. Les doubles numériques rendent donc plausible l’hypothèse de la fin de la vie privée, contrairement à ce que soutiennent, par exemple, Antonio A. Casilli [5] ou Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) [6]. Si l’on retient comme définition de la vie privée, la possibilité de choisir les informations que l’on souhaite divulguer ou cacher à tels ou tels groupes de personnes [7], cette possibilité n’existe plus avec les doubles numériques.
• peuvent servir à influencer les comportements économiques ou politiques des individus, non seulement à travers des messages publicitaires, mais aussi en ne leur présentant que la partie d’un ensemble qui semble le mieux appropriée à leur double numérique, ce qui peut conduire à une distorsion de la perception de la réalité recherchée par l’utilisateur : le double numérique sert à nous montrer «ce qu’il pense que nous voulons voir [8]». Comment en sommes-nous arrivés à laisser des algorithmes décider de ce qui est bien pour nous ?
• constituent la première source de revenus de l’économie numérique [9]
• servent à surveiller les individus (concept de «dataveillance» de Roger Clarcke [10]) et alimentent une utopie de surveillance totale (projet américain TIA - Total Information Awareness - au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 [11]). Utopie que la NSA tente de rendre réelle, comme l'ont montré les révélations de l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden. Or, cette utopie remet en cause un des droits de l’homme communs à la plupart des démocraties modernes : «Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable […] [12] » ; et le transforme en «Tout individu peut être surveillé et est donc présumé suspect»
De la nécessité d'une recherche sur les doubles numériques
Les doubles numériques méritent donc d'être étudiés à travers les prismes d'au moins sept thèmes :
• “double numérique” et concept : pourquoi "double" plutôt que "simple" dimension supplémentaire d'être au monde et d'existence ? En quoi y a t il "double" plutôt qu'une nouvelle modalité de description des logiques d'actions, de relations, etc.;
• double numérique et dispositifs sociaux-numériques : description des processus de traçabilité et de profilage des utilisateurs qui permettent la création de ces «doubles numériques» ;
• double numérique et représentation de l’identité : «Apparaît un individu réifié devenant une chose manipulable» [ 13]. Le double numérique constitue-il pour l’homme une tentative ultime et désespérée - faute de pouvoir comprendre l’autre, voire de devenir l’autre - d’enfermer cet autre dans des espaces préconçus ? Quelles sont les conséquences de cette vision réductrice de l’homme (normalement, « […] la répétition la plus exacte, la plus stricte a pour corrélat le maximum de différence » [14]?) sur la doxa (« Ensemble des opinions communes aux membres d'une société et qui sont relatives à un comportement social ») des relations hommes-machines, machines-machines et éventuellement hommes-hommes ?
• double numérique et marchandisation des données : usages commerciaux, policiers et politiques qui peuvent être faits de ces doubles numériques et des abus que ces usages peuvent entraîner. Les doubles numériques, « dans le contexte de l’auto-constitution ontologique du client à partir de son commerce des objets et des services, de sa position dans l’espace-temps numérique à n dimensions, géolocalisé, et à partir de ses énoncés prescriptifs validés [15] » offrent de bien meilleures capacités de profilage que les cartes de paiement ou les cartes de fidélités.
• double numérique et influence : interactions entre les «doubles numériques» et les internautes-consommateurs-citoyens : influence des doubles numériques sur les internautes (en ne nous montrant que ce qu’ils pensent que nous voulons voir, les doubles numériques ne se donnent-ils pas raison ?) ; influence des internautes sur les doubles numériques (boucles d’apprentissage [16] mises au point par les doubles numériques pour améliorer le profilage des internautes en fonction des réactions de ces derniers aux propositions commerciales qui leur sont faites)
• double numérique et surveillance : remise en cause de la notion de vie privée ; remise en cause de la présomption d’innocence ; mais qui surveille qui ? « Avec la nouvelle donne technique, le contrôlé peut désormais avoir accès à des moyens de contrôle utilisés par le contrôleur. De surveillé, il peut devenir à son tour surveillant. [17] »
• double numérique et citoyenneté : perception des doubles numériques par les internautes-consommateurs-citoyens ; éducation des internautes-consommateurs-citoyens à la perception et à la défense de leurs doubles-numériques
• double numérique et propriété : comment reprendre le contrôle de nos données ? Certains experts militent pour un renforcement des législations existantes, d’autres pour un nouveau droit de la propriété des données ou pour de nouvelles technologies [18].
Conclusion
Dans un contexte de dissémination générale des nouvelles technologies, les doubles numériques remettent en cause les notions mêmes de vies privée, citoyenne et politique. Ils constituent donc un enjeu sociétal majeur dans les sociétés numériques et imposent de bousculer «les cloisonnements disciplinaires, en ouvrant de nouvelles voies de recherche, mais aussi en accompagnant de nouvelles formes d’expérimentation sociales, territoriales, éducatives ou cognitives [19] »
Bibliographie
[1] Perriault Jacques, 2009, «Traces numériques personnelles, incertitude et lien social», Traçabilité et réseaux, Hermès 53, CNRS Editions, avril 2009, Paris, p. 15.
[3] Pour connaître la procédure qui permet d'obtenir la liste des catégories dans lesquelles Facebook range chacun d'entre nous, voir http://tousfiches.com/2013/01/comment-savoir-dans-quelles-categories.html
[4] lire par exemple : Les publicités Facebook ciblent nos préférences sexuelles !
[5] Casilli A. A. 2013, «Contre l'hypothèse de la « fin de la vie privée », La négociation de la privacy dans les médias sociaux, Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication N°3, 2013, http://rfsic.revues.org/630
[7] Nippert-Eng, Christina. 2010, Islands of Privacy, University of Chicago Press, Chicago, octobre, 416 pages
[8] Eli Pariser, 2011, The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You, Penguin Press, New York
[9]voir, entre autres, Lafrance J.-P., 2013, «L’économie numérique : la réalité derrière le miracle des NTIC, Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication N°3, http://rfsic.revues.org/639
[11] Mattelart Armand, 2008, La globalisation de la surveillance, La Découverte, Paris, p. 173
[12] extrait de l’article 9 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ; http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789
[13] Franck Renucci, Benoît Le Blanc et Samuel Lepastier, 2014, «Introduction générale», L'Autre n'est pas une donnée, Hermès 68, CNRS Editions, avril 2014, Paris, p. 12.
[14] Deleuze Gilles, 1968, Différence et répétition, PUF, Paris, p. 5
[15] Noyer Jean-Max, 2013, « Les vertiges de l’hyper-marketing : Data Mining et production sémiotique », Les débats du numériques, Presse des Mines, Paris, p. 61
[16] Argyris Chris, 1976, «Single-Loop and Double-Loop Models in Research on Decision Making», Administrative Science Quarterly, Vol. 21, No. 3, Johnson Graduate School of Management, Cornell University, Septembre, pp. 363-375 Accès internet : http://academic.udayton.edu/richardghere/igo%20ngo%20research/argyris.pdf
[17] Mattelart Armand, Vitalis André, 2014, Le profilage des populations - Du livret ouvrier au cybercontrôle, La Découverte, Paris, p. 205
[19] Maignien Yannick, 2013, «Quelles redistributions de pouvoirs autour des “automates sémantiques” ?», Les débats du numériques, Presse des Mines, Paris, p. 226
Libellés :
manipulation,
profilage,
surveillance,
Vie privée
mercredi 5 mars 2014
Pouvons-nous reprendre le contrôle de nos données personnelles ?
J'ai publié hier matin dans le quotidien Les Echos une enquête sur « Comment se réapproprier nos données ». Un enjeu qui préoccupe de plus en plus d'internautes, conscients que les informations qu'ils partagent avec les géants du Web, comme Facebook et Google, rapportent énormément d'argent à ces entreprises et que ces données peuvent être « réquisitionnées » par les gouvernements pour les espionner.
Cet article est disponible en ligne :
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/debat/0203345079646-comment-se-reapproprier-nos-donnees-654137.php
Il est accompagné d'un encadré sur les étranges pratiques de Facebook en matière de publicité : Facebook et les données sensibles. Le réseau social permet aux annonceurs de cibler des publicités en fonction de nos centres d'intérêt supposés pour certaines pratiques sexuelles ou certaines drogues illicites. J'ai déjà longuement abordé ce sujet ici même.
J'ai bien sûr sollicité les explications d'un représentant de Facebook France. Pour l'instant, je n'ai pas reçu de réponse.
J'ai fait remonter ces informations au Data Protection Commissioner (l'équivalent irlandais de la CNIL - Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) qui est en charge du dossier Facebook pour l'Europe, le siège européen de ce réseau social se trouvant à Dublin.
Libellés :
Articles publiés dans le quotidien les Echos
lundi 20 janvier 2014
Demain à Rennes (35) pour parler des «doubles numériques»
Je donnerai demain, mardi 21 novembre 2014, une conférence devant les étudiants du Master 2 EPIC (Etudes et Projets en Sciences de l'Information et de la Communication) de l'université Rennes 2, sur le thème des doubles numériques.
Quelque part dans le monde, à chaque instant, se créent des «doubles numériques» de nous-mêmes, à partir d’informations collectées sur Internet et/ou puisées dans des fichiers existants, contenant des informations parcellaires ou complètes, vraies ou fausses, actualisées ou anciennes, et pouvant être utilisés à des fins commerciales, policières, politiques ou d’espionnage économique.
Jacques Perriault a proposé dès 2003 «la notion de “double numérique” pour caractériser l’ensemble des données que les systèmes d’information recueillent stockent et traitent pour chaque individu [1]».
Nous avons utilisé l'expression « double numérique » pour la première fois début 2006, pour parler des fichiers et des fichiers résultant des croisements de fichiers constitués à partir d’informations volontairement communiquées par les internautes-consommateurs-citoyens, mais aussi à partir d’informations collectées à l’insu de ces acteurs.
Pour nous, un double numérique n’est donc pas constitué des traces que nous laissons, mais de l’interprétation (la transformation de l’information en savoir ou supposé tel) de ces traces.
[1] Perriault Jacques, 2009, «Traces numériques personnelles, incertitude et lien social», Traçabilité et réseaux, Hermès 53, CNRS Editions, avril 2009, Paris, p. 15.
Quelque part dans le monde, à chaque instant, se créent des «doubles numériques» de nous-mêmes, à partir d’informations collectées sur Internet et/ou puisées dans des fichiers existants, contenant des informations parcellaires ou complètes, vraies ou fausses, actualisées ou anciennes, et pouvant être utilisés à des fins commerciales, policières, politiques ou d’espionnage économique.
Jacques Perriault a proposé dès 2003 «la notion de “double numérique” pour caractériser l’ensemble des données que les systèmes d’information recueillent stockent et traitent pour chaque individu [1]».
Nous avons utilisé l'expression « double numérique » pour la première fois début 2006, pour parler des fichiers et des fichiers résultant des croisements de fichiers constitués à partir d’informations volontairement communiquées par les internautes-consommateurs-citoyens, mais aussi à partir d’informations collectées à l’insu de ces acteurs.
Pour nous, un double numérique n’est donc pas constitué des traces que nous laissons, mais de l’interprétation (la transformation de l’information en savoir ou supposé tel) de ces traces.
[1] Perriault Jacques, 2009, «Traces numériques personnelles, incertitude et lien social», Traçabilité et réseaux, Hermès 53, CNRS Editions, avril 2009, Paris, p. 15.
jeudi 15 août 2013
IP Tracking, cookie, publicité ciblée et yield management.
Je participe ce soir, jeudi 15 août 2013, à l’émission «Le
téléphone sonne» sur France Inter, de 19H20 à 20H, consacré à «Internet et
réseaux sociaux, sommes-nous tous traqués et fichés ?[1]»,
aux côtés d’Etienne Drouard (avocat spécialiste de la protection de la vie
privée, ancien membre de la CNIL), Mickaël Vuillaume (web analyste) et Jérémie
Zimmermann (porte-parole de l'association la Quadrature du Net).
Les médias se sont fait l’écho de l’enquête ouverte fin
juin par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) et la
DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la
Répression des Fraudes)[2]
sur l’IP Tracking.
L’IP Tracking consisterait à repérer les ordinateurs des
internautes qui recherchent des billets sur les sites de compagnies aériennes
ou ferroviaires ; s’ils n’achètent pas tout de suite, mais reviennent un
peu plus tard sur ces sites consulter les mêmes voyages, les prix sont
augmentés pour inciter ces internautes à payer tout de suite.
Si elle était avérée, cette pratique commerciale pourrait
être considérée comme déloyale[3]
par la DGCCRF. De son côté, la CNIL se pose «la
question de la loyauté de la collecte des données permettant de mettre en œuvre
l'IP Tracking. Cette pratique serait opérée à l'insu des personnes et sans
qu'elles soient en mesure de connaître, voire d'agir sur les mécanismes
conduisant à moduler le tarif affiché.[4]»
Malheureusement le manque de loyauté de
la collecte de données risque, je le crains, d’être difficile à prouver. En
effet, l’IP Tracking s’effectue au moyen de cookies, des petits logiciels
espions que les sites Web installent sur les navigateurs des internautes. Or,
normalement, en Europe, tous les sites doivent informer leurs visiteurs qu’ils
utilisent des cookies et leur demander leur accord avant de les installer sur
leurs ordinateurs[5].
Une petite application – Ghostery[6]
– permet de voir tous les cookies qui s’installent sur votre ordinateur lorsque
vous arrivez sur un site.
Saisie d'écran du site de France Inter. Ghostery affiche en haut à droite les 14 cookies que ce site a enregistrées sur mon ordinateur
Ces cookies constituent des identifiants
uniques qui permettent de savoir que tel ordinateur s’est rendu sur telle page
de tel site Web. Ils contiennent souvent l’adresse IP de l’ordinateur (un
numéro unique attribué en général par votre FAI - Fournisseur d’Accès à
Internet), l’url des sites visités, une date d’expiration…
Ces cookies sont utilisés pour suivre à
la trace les déplacements des Internautes à l’intérieur d’un même site ou au
cours de leurs pérégrinations sur le Web, de serveurs en serveurs. C’est grâce
à ces cookies que l’on peut connaître le nombre de visiteurs d’un site ou que
nous n’avons pas besoin de retaper notre mot de passe lorsque nous revenons sur
un site sur lequel nous nous sommes déjà identifiés.
Surtout, c’est grâce à ces petits
logiciels espions que Google et les autres géants de la publicité en ligne nous
affichent, sur leurs propres sites, mais aussi les sites dont ils assurent la
régie publicitaire, des publicités dites « comportementales », car
ciblées en fonction de notre comportement, de notre navigation sur Internet.
Pour schématiser, ces régies publicitaires savent que notre ordinateur s’est
d’abord rendu sur un site consacré aux couches-culottes, puis sur un site
spécialisé dans les voitures familiales, avant un site dédié au crédit, et en
déduisent que nous sommes à la recherche d’un crédit automobile. Elles vont
donc nous afficher une pub pour un crédit automobile. Cette bannière
correspondant à nos centres d’intérêts, nous allons cliquer dessus, ce qui va rapporter
plus d’argent à Google et consorts.
Si vous souhaitez en savoir plus, je mets
à votre disposition une petite vidéo expliquant le fonctionnement de la
publicité comportementale[7].
Si vous souhaitez connaître dans quelles
catégories publicitaires Google vous a classé, rendez vous sur http://www.google.com/intl/fr/policies/technologies/ads/
; vers le milieu de cette page, vous trouverez un paragraphe intitulé
«Comment contrôler les cookies
publicitaires» et qui commence par
«Les paramètres
des annonces permettent de gérer les annonces Google que vous
voyez». Cliquez sur paramètres des annonces
Il existe plusieurs formes de publicités
comportementales. L’une d’elles s’appelle le retargeting (reciblage). Elle
consiste à utiliser les cookies pour suivre les internautes qui visitent un
site marchand, mettent un produit dans leur panier, mais ne l’achètent pas.
Pendant plusieurs jours, ils se verront proposer une publicité pour ce même
produit. L’IP Tracking pourrait être considéré comme une variante du
retargeting : on suit les internautes qui n’achètent pas et lorsqu’ils
reviennent, on augmente le prix du produit qui les intéresse.
Inconvénient des cookies : on ne
sait pas exactement qui est derrière l’ordinateur. On sait juste que
c’est tel ordinateur qui visite tel site. C’est pourquoi Google, par exemple,
nous pousse de plus en plus à nous identifier en utilisant un de ses services.
En ce sens, le réseau social Google + avec 500 millions d’inscrits[8]
est un succès pour le célèbre moteur de recherche. Une fois que je me suis
inscrit sur un service Google (courrier électronique Gmail, site de partage de
photo Picasa, réseau social Google +, YouTube…), les cookies de Google peuvent
me suivre partout et accumuler autant d’informations sur moi.
Google se rapproche ainsi de Facebook,
qui nous cible en fonction de notre graphe social (notre réseau d’amis sur
Facebook), de nos publications, des sites que nous visitons et qui comportent
un bouton «J’aime» de Facebook… Facebook accumule ainsi des données très
indiscrètes sur nous (voir à ce sujet la polémique que j’ai soulevée sur le
ciblage que Facebook propose en fonction de nos centres d’intérêts supposés
pour certaines pratiques sexuelles ou des drogues illicites[9]).Pour
savoir dans quelles catégories publicitaires Facebook vous a classé, suivez ce
lien : http://tousfiches.blogspot.fr/2013/01/comment-savoir-dans-quelles-categories.html
Il existe d’autres techniques pour suivre
à la trace les déplacements des Internautes sur le Web (par exemple, les pixels
espions). Mais, à ce jour, la forme de publicité comportementale la plus
aboutie fonctionne sur les smartphones : nous les avons en permanence sur
nous et ils révèlent donc notre position.
Encadré : Yield Management
Petit rappel : les compagnies aériennes et
ferroviaires pratiquent toutes le yield management (gestion fine des
capacités) : pour optimiser le remplissage de leurs avions et de leurs
trains, elles font fluctuer leur prix en fonction de la demande. Un voyageur,
qui réserve un billet d’avion six mois à l’avance, paiera moins cher que
quelqu’un qui réserve la veille du départ. La compagnie aérienne suppose que ce
dernier veut absolument partir ce jour-là et qu’il est donc prêt à payer plus
cher.
Aux Etats-Unis, le moteur de recherche Bing propose un
outil qui permet de savoir s’il vaut mieux acheter son billet tout de suite,
car il a forte probabilité d’augmenter dans les prochains jours, ou s’il vaut
mieux attendre qu’il baisse.
[3] L'article L.120-1 du code de la consommation, considère
comme déloyales une pratique commerciale «lorsqu'elle
est contraire aux exigences de la diligence professionnelle et qu'elle altère,
ou est susceptible d'altérer de manière substantielle, le comportement
économique du consommateur normalement informé et raisonnablement attentif et
avisé, à l'égard d'un bien ou d'un service.»
Libellés :
behavioral targeting,
cookies,
IP tracking,
publicité ciblée
vendredi 9 août 2013
Invité hier du grand débat d'Europe 1 soir, consacré à Big Brother
J'ai participé hier, jeudi 8 août 2013, au grand débat d'Europe 1 soir consacré à «Big Brother est-il entré dans nos vies ? Nous restent-ils encore des coins de jardins secrets ?», aux côté de Jean-François Ruiz, spécialiste des réseaux sociaux, Edouard Geffray, secrétaire général de la Cnil, Bernard Lamon, avocat et Jean-Marc Manach, journaliste.
A réécouter sur http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-1-Soir/Sons/Europe-1-Soir-Emmanuel-Faux-08-08-13-1606003/, à partir de de la 65ème minute.
A réécouter sur http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-1-Soir/Sons/Europe-1-Soir-Emmanuel-Faux-08-08-13-1606003/, à partir de de la 65ème minute.
Libellés :
Facebook,
Google,
NSA,
Prism,
Silicon Valley,
Surveillance des Etats,
Tous Fichés
vendredi 14 juin 2013
Cette semaine, France Culture, France Info et France 5 m'ont invité pour parler du programme américain de surveillance électronique
• Mardi 11 juin, j'ai été l'invité du journal de 18H de Tara Schlegel, pour parler du scandale Prism, le système d'espionnage américain, révélé par Edward Snowden ; vous pouvez réécouter mon intervention en suivant ce lien :
http://www.franceculture.fr/emission-journal-de-18h-l-europe-s-inquiete-du-programme-prism-2013-06-11
• Jeudi 13 juin, je suis intervenu pendant Les Choix de France Info, l'émission de Jean Leymarie, pour parler de nos «Données personnelles : quelles traces laissons-nous ?», à réécouter sur :
http://www.franceinfo.fr/high-tech/les-choix-de-france-info/donnees-personnelles-quelles-traces-laissons-nous-1023355-2013-06-13
• Enfin, toujours, jeudi, j'étais sur le plateau de C Dans l'air, dont le thème était «Qui espionne qui ?»
http://www.france5.fr/c-dans-l-air/international/qui-espionne-qui-39118
http://www.franceculture.fr/emission-journal-de-18h-l-europe-s-inquiete-du-programme-prism-2013-06-11
• Jeudi 13 juin, je suis intervenu pendant Les Choix de France Info, l'émission de Jean Leymarie, pour parler de nos «Données personnelles : quelles traces laissons-nous ?», à réécouter sur :
http://www.franceinfo.fr/high-tech/les-choix-de-france-info/donnees-personnelles-quelles-traces-laissons-nous-1023355-2013-06-13
• Enfin, toujours, jeudi, j'étais sur le plateau de C Dans l'air, dont le thème était «Qui espionne qui ?»
http://www.france5.fr/c-dans-l-air/international/qui-espionne-qui-39118
mardi 11 juin 2013
Espionnage américain : les données qu'Apple, Facebook ou Google possèdent sur nous sont extrêmement indiscrètes
The Guardian et The Washington Post ont révélé que la NSA (National Security Agency), l'agence américaine chargée des écoutes électroniques, pouvait avoir directement accès aux serveurs d'Apple, Facebook, Google, Microsoft, Skype et autre Yahoo! pour espionner des citoyens du monde entier.
Pour se rendre compte à quel point les données archivées par ces géants de l'Internet révèlent tout de nous, y compris notre intimité, il suffit de créer une publicité sur Facebook.
Voici déjà plusieurs mois que j'ai constaté que Facebook permettait aux annonceurs de cibler des publicités en fonction de nos centres d'intérêt supposés pour certaines pratiques sexuelles ou certaines drogues illicites (lire l'épisode 1 : Les publicités Facebook ciblent nos préférences sexuelles ! ; l'épisode 2 avec l'avis de la CNIL et de son homologue irlandais ; l'épisode 3, avec la réponse officielle, mais décevante, de Facebook, ainsi qu'une interview de Benoit Dupont, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité, identité et technologie de l’Université de Montréal ; l'épisode 4 avec l'ultimatum que la CNIL irlandaise avait lancé à Facebook ; l'épisode 5 pour apprendre comment Facebook nous range dans telle ou telle catégorie pour nous afficher des publicités ciblées).
Pour se rendre compte à quel point les données archivées par ces géants de l'Internet révèlent tout de nous, y compris notre intimité, il suffit de créer une publicité sur Facebook.
Voici déjà plusieurs mois que j'ai constaté que Facebook permettait aux annonceurs de cibler des publicités en fonction de nos centres d'intérêt supposés pour certaines pratiques sexuelles ou certaines drogues illicites (lire l'épisode 1 : Les publicités Facebook ciblent nos préférences sexuelles ! ; l'épisode 2 avec l'avis de la CNIL et de son homologue irlandais ; l'épisode 3, avec la réponse officielle, mais décevante, de Facebook, ainsi qu'une interview de Benoit Dupont, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité, identité et technologie de l’Université de Montréal ; l'épisode 4 avec l'ultimatum que la CNIL irlandaise avait lancé à Facebook ; l'épisode 5 pour apprendre comment Facebook nous range dans telle ou telle catégorie pour nous afficher des publicités ciblées).
Inscription à :
Articles (Atom)





