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mercredi 23 octobre 2019

Les réseaux sociaux, un danger pour la liberté d'expression et pour l'ouverture d'esprit ?


 Le site Atlantico m'a demandé le 19 octobre 2019 demandé de rédiger quelques lignes au sujet de l'impact des réseaux sociaux sur notre liberté d'expression et sur notre ouverture d'esprit.

•  De nombreux comptes sur Twitter sont suspendus à la suite de certains propos ou de certaines polémiques. Pensez-vous que les politiques de modération sur les réseaux sociaux empêchent la liberté d'expression ? 

D'une façon générale, la modération des contenus publiés sur le Web est une tâche extrêmement compliquée, qui met à rude épreuve les opérateurs qui en sont chargés et dans laquelle les moteurs de recherche et les réseaux sociaux ont un rôle ambigu. Un travail compliqué ?  Si tout le monde est d'accord sur les grandes règles de la modération qui reposent sur quelques grands principes intangibles  – on ne peut pas, par exemple, laisser libre cours à la haine ou aux propos racistes  -, il est parfois difficile de définir précisément de tels propos. De plus, la société évolue constamment : ce qui était toléré hier pourra être mal vu demain. Sur le plan humain, visionner des vidéos ou des textes nauséabonds est un travail très éprouvant psychologiquement dont les plateformes se déchargent souvent auprès de sous-traitants employant parfois un personnel mal formé et sous-payé. Enfin, le rôle des réseaux sociaux dans ce domaine est ambiguë car il a été mal fixé dès le départ. La plupart des plateformes étant américaines, elle se réfèrent à une loi américaine, la Section 230 du Communications Decency Act, qui remonte à 1996 : les intermédiaires comme les réseaux sociaux ne sont pas responsables des contenus qui y sont publiés par des tiers, ils ne sont pas obligés de les modérer (sauf si des contenus interdits leurs sont signalés), mais s'ils modèrent, ils peuvent le faire comme ils veulent. Je ne pense donc pas que les réseaux sociaux se servent de leurs politiques de modération pour censurer la liberté d'expression. Je pense plutôt que, dans ce domaine, ils font – mal - avec les moyens du bord.


•  Les GAFAM sont-ils en train de mettre en place un monde restreint, en employant des méthodes et des politiques autoritaires (alors que leur promesse de départ était basée sur l'ouverture d'esprit, le partage etc.) ?

Je ne parlerai pas de méthodes ou de politiques autoritaires, mais de simples pratiques commerciales. Comme toutes les entreprises soumises aux lois du marché et en particulier au cours de Bourse, les GAFAM  - et à travers Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, on désigne toutes les entreprises high-tech du monde – poursuivent un seul objectif : engranger le plus de bénéfice possible ; et éviter d'en perdre. Ainsi, elles ne vont pas prendre le risque de se mettre à dos les responsables politiques qui pourraient leur interdire l'accès à un gigantesque marché comme la Chine. Pour optimiser leurs profits, les réseaux sociaux jouent principalement sur les publicités que nous voyons. Pour pouvoir nous montrer le plus de pubs possibles, ils doivent retenir notre attention afin que nous passions toujours plus de temps sur ces plateformes. Pour retenir notre attention, elles doivent nous proposer des contenus qui nous intéressent. Les algorithmes des Facebook, Twitter et autre Instagram vont donc avoir tendance à nous montrer les publications les plus populaires, les plus sensationnelles ou les plus susceptibles de nous intéresser en fonction de ce que nous avons déjà vu (effet entonnoir). In fine, oui, tout cela restreint, malheureusement, notre ouverture d'esprit.

Article paru le 20 octobre 2019 sur le site Atlantico.fr

Copyright Jacques Henno 2019

vendredi 12 avril 2019

« Enceinte "Alexa" : attention, Amazon nous écoute ! »

J'étais un des invités, vendredi 12 avril 2019, de l'émission Ça se comprend, animée de 16H à 17H par Thomas Hugues, sur C-News et consacrée à « Enceinte "Alexa" : attention, Amazon nous écoute ! ».

Thomas Hugues m'a demandé comment, au cours de mes conférences devant les collégiens et les lycéens, je faisais prendre conscience à ces derniers de toutes les données qu'ils transmettaient aux géants de l'Internet et des utilisations qui pouvaient en être faites.

Dans la petite vidéo de 38 secondes ci-dessous, voici une des réponses que j'ai faites : par exemple, en expliquant à nos ados que grâce aux données qu'ils fournissent gratuitement à Google ou à Facebook, ces entreprises sont en train de développer des outils d'Intelligence Artificielle qui vont peut-être les concurrencer dans quelques années, lorsqu'ils arriveront sur le marché du travail.


jeudi 22 mars 2018

Interviewé sur C8 et par le site web de France Culture au sujet du dernier scandale

J'ai été interviewé par Éric Chaverou, pour le site Web de France Culture, et je suis intervenu sur C8, pour parler du dernier scandale affectant Facebook : les données de 50 millions d'utilisateurs siphonnées par un cabinet de conseil en communication, Cambridge Analytica.

À retrouver sur :

https://www.franceculture.fr/numerique/nouveau-coup-tres-dur-pour-facebook-mais-le-pacman-des-donnees-n-est-pas-en-danger

https://www.mycanal.fr/d-8-info/facebook-est-il-en-danger-william-a-midi-21-03-2018/p/1486714

Et un livre à lire et relire pour comprendre comment les GAFA (Google, Apple, Facebook…) s'emparent de nos données : 
Plus d'informations sur le site de mon éditeur : http://www.editionstelemaque.com/books/silicon-valley-predateurs-vallee/ 


mercredi 13 juillet 2016

Appel à témoignages : « Pourquoi publiez-vous des informations personnelles sur Facebook ? »

Dans le cadre d’une étude universitaire sur les traces que nous laissons en utilisant les nouvelles technologies, je recherche des utilisatrices/utilisateurs de Facebook, âgés de plus de 18 ans, présents cet été à Paris, Les Sables d’Olonne ou Bourg-Saint-Maurice et qui accepteraient de répondre à quelques questions sur les informations qu’elles/ils partagent sur les réseau sociaux.

Exemples de questions : « Qu’est-ce qui vous a amené à vous inscrire sur Facebook ? » « Quels genres d’informations partagez-vous sur Facebook ? » « Ces informations sont-elles visibles par tout le monde ? », etc.

Si vous souhaitez participer, sur la base du volontariat et de l’anonymat, à ces entretiens individuels d’environ 1H / 1H30, vous pouvez prendre contact avec moi :



D’avance, merci de votre aide.

Jacques Henno

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PS : il n'existe, bien sûr, aucun lien financier (ou autre) entre cette étude (ou son auteur) et la société Facebook. Il s'agit d'une étude universitaire, totalement indépendante.

mardi 8 mars 2016

Vous voulez un crédit ? Faites attention à vos fréquentations sur les réseaux sociaux et à ne pas envoyer vos demandes la nuit !

J'ai publié ce matin dans le quotidien Les Echos un article sur une nouvelle tendance qui arrive des Etats-Unis et d'Asie : utiliser les données publiques, les réseaux sociaux et les algorithmes prédictifs pour évaluer, en quelques minutes, les capacités de remboursement des individus ou des petites entreprises.

Pour évaluer le risque que représente un emprunteur, des start-up (Affirm, Biz2credit, Zest Finance aux Etats-Unis…, Lenddo aux Philippines…) scannent des centaines de « signaux faibles » : temps passé à taper son adresse e-mail (pour détecter les copier-coller, souvent symptomatiques d'une adresse créée pour la circonstance…), horaire de la demande (les formulaires remplis la nuit suscitent la méfiance…), identité sur les réseaux sociaux, descriptif du travail sur Linkedin, nombre d'amis sur Facebook, heures et fréquence d'envoi des courriels…


Pour en savoir plus :
Comment le Big Data va bousculer le crédit

mardi 9 février 2016

Facebook : la CNIL inflige un camouflet à son équivalent irlandais

Dès mai 2012, j’avais signalé à la CNIL que Facebook collectait des données sensibles (opinion politique, religion, pratiques sexuelles…) en toute illégalité. En réalité, à travers Facebook, c’est l’équivalent irlandais de la CNIL qui semble visé. Quelques jours après qu’Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL, ait été réélue à la tête du G29, le groupe de travail qui rassemble les CNIL européennes…

La CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) a, hier, publiquement mis en demeure Facebook de se conformer à la loi Informatique et Libertés.

La CNIL a relevé  cinq manquements à la législation française : 

• grâce à des cookies, le réseau social est capable de « suivre la navigation des internautes, à leur insu, sur des sites tiers [contenant un bouton Facebook même si ces Internautes] ne disposent pas de compte Facebook ». 

• Facebook dépose sur l’ordinateur des internautes des cookies à finalité publicitaire, sans les en avoir au préalable correctement informés ni avoir recueilli leur consentement.

• pour mieux connaître les centres d’intérêt de ses membres et leur afficher de la publicité ciblée, le réseau social « procède à la combinaison de toutes les données personnelles qu’il détient sur eux, [qu’elles soient] fournies par les internautes eux-mêmes, collectées par le site, par les autres sociétés du groupe ou transmises par des partenaires commerciaux. » Mais les Internautes ne peuvent pas s’opposer à cette regroupement de données.

• le site « transfère les données personnelles de ses membres aux Etats-Unis sur la base du Safe harbor », ce qui n’est plus possible depuis octobre 2015.

• Enfin, Facebook « ne recueille pas le consentement exprès des internautes lors de la collecte et du traitement des données relatives à leurs opinions politiques, ou religieuses, et à leur orientation sexuelle. » 


Je suis étonné que la CNIL ne s’attaque à ce dernier problème que maintenant. En effet, dès mai 2012, j’avais signalé à la CNIL que Facebook collectait des données sensibles (opinion politique, religion, pratiques sexuelles…) en toute illégalité : « Facebook permet aux annonceurs de cibler les Internautes en fonction de leurs centres d’intérêt - déclarés ou supposés - pour certaines pratiques sexuelles ou pour la drogue. »

Contactée à l’époque, Sophie Nerbonne, directeur adjoint des affaires juridiques de la CNIL, m’avait alors confirmé qu’ «il s’agit d’une utilisation de données sensibles à des fins publicitaires. L’accord préalable des internautes à l’utilisation de ces données aurait dû être recueilli par Facebook. Et le réseau social ne peut pas s’abriter derrière les conditions générales d’utilisation que doit approuver tout nouvel Internaute qui s’inscrit à ses services : ce document ne peut pas suffire pour recueillir le consentement préalable à l’utilisation de données sensibles.»

Pourquoi a-t-il fallu attendre près de quatre ans pour que la CNIL réagisse ?

Le siège social de Facebook Europe étant en Ireland, c’est « the Office of the Data Protection Commissioner », l’équivalent irlandais de la CNIL, qui est plus particulièrement chargé du dossier Facebook. En mai 2012, j’avais d’ailleurs transmis à cet organisme les mêmes remarques qu’à la CNIL. Il s’en était suivi un long échange de mails avec the Office of the Data Protection Commissioner, échange qui s’était achevé en mars 2014 par un dernier message où je demandé aux représentants du Commissioner pourquoi la CNIL irlandaise était aussi indulgente avec le réseau social et quelles sanctions étaient prévues si celui-ci ne se respectait pas leurs demandes… 

En désespoir de cause, j’avais transmis tous ces documents à la CNIL française.

La mise en demeure de Facebook par la CNIL française constitue donc un sérieux camouflet pour le  Data Protection Commissioner irlandais, qui est, normalement, en charge de ce dossier.


Sollicité par courrier électronique, le  Data Protection Commissioner irlandais m’a répondu qu’il « n’avait pas de commentaire à faire sur cette affaire. »

mardi 8 juillet 2014

Pourquoi il faut apprendre aux enfants à bien paramétrer Facebook : demain, ce seront les données des autres qu'ils ne respecteront pas

Devenus adultes, les ados d'aujourd'hui travailleront peut-être dans l’analyse des données, un métier en plein essor. Si nous ne les aidons pas, maintenant, à faire respecter, sur Facebook, leur intimité et à respecter celle de leurs amis, ils risquent fort de ne pas acquérir de bons réflexes en termes de défense de la vie privée. Et de conserver ces comportements dans leur travail, où ils seront justement conduits à manipuler des données personnelles. Les conséquences pourraient être catastrophiques sur les libertés individuelles.







Adam D. I. Kramer, Jamie E. Guillory et Jeffrey T. Hancock - photos extraites de leurs profils Facebook ou Linkedin


Trois brillants trentenaires américains, Adam D. I. Kramer, «data scientist» (data scientifique ou chargé de modélisation des données) au service « Recherche » de Facebook, Jamie E. Guillory, chercheuse postdoctorale à l’université de San Francisco, et Jeffrey T. Hancock, professeur à l’université Cornell (Ithaca, état de New York), ont publié le 17 juin 2014 une étude intitulée « Preuve expérimentale de contagion émotionnelle à grande échelle par l’intermédiaire des réseaux sociaux » (« Experimental evidence of massive-scale emotional contagion through social networks »).

Ces trois titulaires d’un doctorat (en communication pour la jeune femme et en psychologie pour ses deux collègues) y affirment avoir modifié les contenus vus par 689 003 utilisateurs, consultant Facebook en anglais, du 11 au 18 janvier 2012 ; ils voulaient prouver que plus un internaute voyait de messages négatifs sur ce réseau, plus il aurait tendance à publier lui-même des messages négatifs ; inversement avec les messages positifs.

Les résultats de ce travail doivent être relativisés, puisque seulement 0,1% à 0,07% des internautes auraient modifié leur comportement. Mais sa révélation a, fort justement, suscité un tollé dans le monde entier : certes Facebook n’a rien à se reprocher sur le plan légal (1), mais avait-il le droit moral de manipuler ses utilisateurs ?

Voilà trois jeunes gens bardés de diplômes qui n’ont pas réfléchi aux conséquences de leurs agissements. Comment le pourraient-ils ? Voilà des années qu’ils dévoilent leur vie sur les réseaux sociaux : Jeffrey T. Hancock et Jamie E. Guillory utilisent Facebook depuis 2004, et Adam D. I. Kramer, depuis 2007.

Ils pourraient servir de cobayes pour une étude validant la prophétie que Mark Zuckberg, le fondateur de Facebook, fit en 2010 : « la vie privée n’est plus une norme sociale.» Comment des jeunes gens, à qui ce réseau social a fait perdre la notion même de vie privée, pour eux, mais aussi pour les autres - ce qui leur a donc fait ôter une grande partie de ce qui constitue le respect d’autrui-, pourraient-ils avoir des remords en manipulant les informations envoyées à des internautes ?

Voilà bien ce qui risque d’arriver si nous n’ouvrons pas les yeux de nos adolescents sur le modèle économique des sites Internet gratuits comme les réseaux sociaux (ils revendent nos données à des entreprises, sous formes de publicité) et si nous ne les sensibilisons pas au respect de la vie privée, entre autres en leur montrant comment paramétrer correctement leur profil Facebook : devenus adultes, s’ils travaillent sur des données personnelles, ils risquent de ne pas les estimer à leur juste valeur.

Or, ces données sont aussi précieuses que les êtres humains qu’elles représentent, puisqu’elles en constituent le « double numérique ».

Il est donc urgent de former les jeunes au respect des données : nombre d’entre eux vont devenir data scientist, comme Adam D. I. Kramer. On estime à un million le nombre de spécialistes de cette science qu’il va falloir former au cours des dix prochaines années dans le monde.

Nous vivons une « datafication (2) » de nos sociétés : bientôt tous les êtres humains, tous les objets produiront des données, par l’intermédiaire des capteurs dont ils seront équipés (un smartphone, par exemple, contient plusieurs capteurs permettant de suivre son propriétaire quasiment à la trace).

Schématiquement, on peut dire que l’analyse de cette quantité d’informations incroyables à laquelle l’humanité a désormais accès, constitue ce que l’on appelle le « Big Data » ; l’objectif du « Big Data » étant de trouver, au sein de ces données, des corrélations (des règles), qui vont expliquer des phénomènes jusqu’ici mystérieux. Puis de s’en servir pour réaliser des prédictions : quel traitement va le mieux marcher sur tel malade ? quelle pièce sur tel modèle d’avion assemblé telle année dans telle usine présente un risque de « casser » ? ou qui a le plus de chance de voter pour tel candidat (3) ?

Voici ce qu’a répondu Stéphane Mallat, 50 ans, mathématicien, professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Paris, lorsque j’ai demandé si les scientifiques n’avaient pas l’impression, avec le Big Data, de jouer avec le feu :«[…] un outil scientifique, on le sait très bien, on peut l'utiliser à des objectifs qui peuvent être complètement différents. Une roue, ça peut servir à faire un char de guerre tout comme à transporter de la nourriture. C'est absolument clair que les outils de Big Data peuvent avoir des effets nocifs de surveillance et il faut pouvoir le contrôler, donc là, c'est à la société d'établir des règles et surtout d'abord de comprendre la puissance pour pouvoir adapter la législation, les règles à l'éthique. A partir de là, en même temps, il faut bien réaliser qu'avec ces outils, on est capable de potentiellement considérablement améliorer la médecine, notamment en définissant des cures qui ne sont plus adaptées à un groupe de population, mais à une personne en fonction de son génome de son mode de vie.[…] Donc ce que je pense, c'est que c'est un outil extraordinairement riche et ensuite, c'est à nous tous en termes de société de s'assurer qu'il est utilisé à bon escient. (4) »

Commençons par éduquer nos ados au respect de leur propre vie privée.

___
(1)  La Politique d’utilisation des données de Facebook précise « […] nous pouvons utiliser les informations que nous recevons à votre sujet : […] pour des opérations internes, dont le dépannage, l’analyse de données, les tests, la recherche et l’amélioration des services.»
(2) Victor Mayer-Schönberger, Kenneth Cukier, « Big Data A revolution that will transform how we live, work and think», Hougthon Mifflin Harcourt, Boston New York,  2013 p. 15
(3) voir mon livre  « Silicon Valley / Prédateurs Vallée ? Comment Apple, Facebook, Google et les autres s’emparent de nos données »
(4) le phénomène Big Data, Les fondamentales (CNRS), La Sorbonne, 15 novembre 2013, à réécouter sur http://wikiradio.cnrs.fr/channel/1_CNRS_Canal_1#podcast (je pose ma question 1H05 après le début du débat).

lundi 2 juin 2014

Un exemple concret de « double numérique » : des millions de photos interceptées chaque jour par la NSA

Le New York Times a révélé hier que la NSA interceptait chaque jour des millions de photos, dont environ 55 000 pouvant servir à la reconnaissance faciale. Cette utilisation, à notre insu, de nos photos collectées sur Internet ou grâce à l'interception de nos courriers électroniques, illustre le concept de « double numérique ».

Dans mon précédent message, j'expliquais que «quelque part dans le monde, à chaque instant, se créent des «doubles numériques» de nous-mêmes, à partir d’informations collectées sur Internet et/ou puisées dans des fichiers existants, contenant des informations parcellaires ou complètes, vraies ou fausses, actualisées ou anciennes, et pouvant être utilisés à des fins commerciales, policières, politiques ou d’espionnage économique.»

La gigantesque moisson de photos réalisée quotidiennement par la NSA, l'agence de renseignements américaine en charge des écoutes électroniques, illustre de façon très concrète ce concept de « double numérique ». L'agence récolte nos photos à notre insu et les utilise pour constituer des fichiers sur nous, dont nous ignorions l'existence même jusqu'aux révélations du New York Times et dont nous ne connaissons pas le contenu exact.

La NSA utilise ses moyens d'écoute pour intercepter nos mails et les photos en pièces jointes ; elle a également accès aux bases de données des différentes administrations américaines (demandes de visa…) ; surtout, elle peut inlassablement puiser dans les centaines de millions de photos qui sont publiées chaque jour sur Internet. Avec trois cent cinquante millions de nouvelles photos « postées » chaque jour sur Facebook, le réseau social n'a jamais autant mérité son nom (Facebook signifie « trombinoscope » en anglais). Les personnes qui figurent dans ces clichés sont de plus en plus souvent identifiées. Ces tags sont également présents sur Google +, mais aussi sur les sites de partage de photos (Flickr, Picasa…). Une telle quantité de fiches biométriques – la reconnaissance faciale est considérée  par la CNIL (la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) comme un traitement biométrique - ne pouvait que titiller l’imagination des policiers et des services de renseignements. Des expérimentations ont déjà été menées pour mettre au point des systèmes de surveillance qui scannent par exemple les supporters présents dans les gradins, afin de repérer ceux qui sont interdits de stade.

Ces quelques exemples montrent à quel point il est devenu urgent de protéger les photos que nous publions sur Internet et, plus largement, nos « doubles numériques ».

Que faire ?
Voici, pas-à-pas, le minimum à faire pour protéger, sur Facebook ou Google +, les tags qui nous identifient dans des clichés.

• sur Facebook, cliquez sur le petit triangle situé en haut à droite de votre page, puis, dans le cartouche qui apparaît, sur « Paramètres ». Une nouvelle page s’ouvre. Cliquez, dans la colonne de gauche, sur «Journal et identification ». Une nouvelle fenêtre apparaît. En face de « Examiner les publications dans lesquelles vos amis vous identifient avant qu’elles n’apparaissent sur votre journal ? » doit apparaître un « Oui ». Si ce n’est pas le cas, cliquez sur « Modifier » au bout de la ligne à droite et dans le nouveau cadre qui se déploie, sélectionnez, en dessous du petit triangle, « Activé », puis cliquez sur « Fermer ».

• dans Google +, cliquez sur votre nom, qui apparaît, en haut à droite de votre page. Un cartouche s’ouvre ; cliquez alors sur « Compte ». Vous arrivez dans une nouvelle page. Cliquez, en dessous de « Paramètres Google+ », sur « Modifier les paramètres ». Une nouvelle page apparaît. Descendez jusqu’à ce que vous trouviez le paragraphe «Photos et vidéos». Le champ « Personnes pouvant associer des tags à mon profil sans approbation préalable » doit être entièrement vide. Si ce n'est pas le cas, cliquez sur le « X » à côté de chaque nom ou cercle qui apparaît dans ce champ.

• juridiquement, il est possible de demander le retrait de toute photo de vous qui ne vous plaît pas. Une image où une personne est identifiable étant une donnée à caractère personnel, vous disposez d’un droit d’opposition. Si vous repérez sur Facebook une photo de vous-même qui vous pose problème, vous pouvez demander à l’ami qui l’a postée de la retirer et, en cas de refus de sa part, vous pouvez signaler ce cliché auprès de Facebook ou porter plainte auprès de la CNIL.

vendredi 9 août 2013

Invité hier du grand débat d'Europe 1 soir, consacré à Big Brother

J'ai participé hier, jeudi 8 août 2013, au grand débat d'Europe 1 soir consacré à «Big Brother est-il entré dans nos vies ? Nous restent-ils encore des coins de jardins secrets ?», aux côté de Jean-François Ruiz, spécialiste des réseaux sociaux, Edouard Geffray, secrétaire général de la Cnil, Bernard Lamon, avocat et Jean-Marc Manach, journaliste.

A réécouter sur http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-1-Soir/Sons/Europe-1-Soir-Emmanuel-Faux-08-08-13-1606003/, à partir de de la 65ème minute.

vendredi 7 juin 2013

Deux livres à lire ou à relire pour comprendre le programme d'espionnage américain révélé par The Guardian et The Washington Post

The Guardian et The Washington Post viennent de révéler que la NSA (National Security Agency), l'agence américaine chargée des écoutes électroniques avait directement accès aux serveurs d'Apple, Facebook, Google, Microsoft, Skype et autre Yahoo! pour espionner des citoyens du monde entier. C'est-à-dire n'importe lequel d'entre nous !


Officiellement, ces écoutes visent à lutter contre le terrorisme, mais les données collectées pourraient tout aussi bien être utilisées pour l'espionnage économique ou la surveillance politique.

Les grandes oreilles de l'Oncle Sam ont accès à l'historique de nos recherches sur Google, aux courriers électroniques que nous échangeons sur Yahoo!, aux vidéos que nous publions sur YouTube ou aux photos que nous archivons sur Picasa dans le cadre d'un programme de surveillance appelé Prism, qui est le descendant du programme TIA (Total Information Awareness : Surveillance Totale) que je décris dans mon livre Tous Fichés : l'incroyable projet américain pour déjouer les attentats terroristes (Editions Télémaque novembre 2005).






Ce programme de «Surveillance totale», initié après les attentats du 11 septembre 2001, visait à constituer des fiches sur chaque habitant de la planète pour  détecter, dans nos agissements, les signes annonçant la préparation d'attentats terroristes.

Une des retombées de ce programme de recherche fut la réquisition par les autorités américaines des données des passagers : depuis novembre 2001, toutes les compagnies aériennes qui desservent ou qui survolent les Etats-Unis doivent communiquer toutes les informations qu'elles possèdent sur les passagers de chacun de leurs vols (nom, adresse, email, numéro de carte bancaire, passagers voyageant avec eux, préférences alimentaires…).

Puis les autorités américaines ont étendu ces réquisitions aux données des grands acteurs américains de l'Internet. Dans mon livre Silicon Valley / Prédateurs vallée ? Comment Apple, Facebook, Google et les autres s'emparent de nos données (Editions Télémaque novembre 2011), je raconte que ces entreprises savent… tout de nous !

Près d'un milliard de Terriens utilisent les services de Google ou de Facebook. A travers les mots clés que nous tapons lors de nos recherches, Google sait quelles maladies nous avons (il est capable de prédire les épidémies de grippe avec trois jours d'avance sur les observatoires officiels de la grippe qui existent dans les pays développés), pour qui nous votons, nos croyances, nos préférences alimentaires, etc.






jeudi 17 janvier 2013

Un nouvel outil sur Facebook pour fouiller parmi toutes les informations publiées sur le réseau social

Facebook a dévoilé avant-hier un nouvel outil - le graph search - qui permettra d'effectuer des recherches parmi toutes les informations déjà publiées sur ce réseau (et auxquelles nous avons accès) par nos amis, les amis de nos amis ou des inconnus.
Par exemple, lorsque nous taperons "restaurant indien à Paris", nous verrons d'abord les restaurants indiens de Paris qui ont été "aimés" (bouton J'aime de Facebook) par nos amis, les établissements où nos amis sont allés, etc.
Avec ce nouvel outil, Facebook poursuit deux buts : 

  1. nous inciter à passer toujours plus de temps sur son site, ce qui lui donne l'occasion de nous afficher des publicités ;
  2. savoir encore plus précisément ce que nous recherchons*, ce qui lui permettra d'affiner sa connaissance de nos centres d'intérêt ; et grâce à ces informations, il pourra nous afficher des publicités encore plus ciblées, car censées correspondre à nos centres d'intérêts (et si la publicité nous concerne, nous cliquons dessus et cela rapporte encore plus d'argent à Facebook). Facebook vient là mordre sur les terres de Google, qui gagnent beaucoup d'argent en affichant, en haut, ou dans la colonne de droite des pages de résultats, des publicités qui correspondent aux mots-clés que nous avons tapés dans son moteur de recherche.

*Facebook enregistre déjà les recherches que nous menons sur son site. Pour en avoir la preuve, il suffit de cliquer sur la roue dentée en haut à droite de notre profil.
Un menu apparaît. Cliquez sur Confidentialité.
Une nouvelle page apparaît. Cliquez sur Utiliser l'historique Personnel.
Une nouvelle page apparaît, qui résume tout ce que Facebook a enregistré sur nous. 

En cliquant sur la mention Plus, dans la colonne de gauche, sous la rubrique Commentaires, des options supplémentaires apparaissent. En cliquant sur Recherche vous verrez que Facebook conserve déjà en mémoire tout ce que vous avez recherché sur son site…